05.10.2007

4/10/07

Fini ce boulot pour cette TV. J'ai fait ma présentation vendredi dernier dans les locaux de la boîte qui m'a embauché pour la mission. On m'a dit que je posais des "hypothèses fortes". Je n'ai pas su comment traduire cette phrase.

Puis ça s'est cloturé le soir même par un "test de panel" : des téléspectateurs sont réunis dans une salle munie d'une vitre sans tain, contre rémunération constituée de chèques-cadeaux. Un mec les questionne, pendant que ses petits copains sont de l'autre côté de la vitre sans tain, et se marrent en matant la tête des membres du panel, imaginant que ces derniers ne se doutent pas qu'ils sont observés. Et ce tout en picolant du bon vin. Posture de toute puissance un peu grotesque.

Moi, j'étais donc de l'autre côté de la vitre, à me marrer, donc. Enfin, surtout à picoler. J'avais besoin d'évacuer le stress de ces derniers jours. C'était toutefois intéressant, parce que le mec qui posait des questions aux membres du panel testait en fait mes hypothèses. Lesquelles ont semblé tenir la route. Du coup, le vin aidant, je me suis senti important. Je me suis adonné sans retenue aux joies de l'homme qui se prend pour Dieu, à la jouissance de la négation de la transcendance. A côté de moi, il y avait une fille qui représentait la chaîne de TV. On a discuté assez longtemps. Pas très jolie, mais avec "un truc", comme on dit. C'était peut-être le vin, je sais pas.

 

Aujourd'hui, je m’installe aujourd’hui dans mon nouveau bureau, sis dans les locaux d’un magazine de presse écrite, dans le 9e arrdt. Le boss a aussi d’autres activités en lancement dans de tous autres domaines, ce qui fait qu’il y règne une saine atmosphère d’effervescence créative.  

Mon bureau est calme, lumineux, bref c’est parfait. De la fenêtre, je vois les toits de Paris. En haut d’un immeuble voisin, il y a un arbre. Un vrai arbre, perché tout là haut. Quand je me retourne, je le vois, et je vois qu’il me voit. Il veille sur moi. J’aime bien.

En le regardant tout à l’heure, je me suis dit que ma vie était un truc comme ça : gravir lentement tous les étages d’un immeuble, pour parvenir au final à un face à face déroutant avec un objet organique, chaotique, rebelle.

Malgré tout, je passe cette première journée à flipper : le mec pour qui j’ai fait ce taf de consulting la semaine dernière ne m’a toujours pas donné de retour sur mon travail, et j’angoisse un peu. Je calcule les mois d’assedic qui me restent, et je réalise que le temps passe vite. Du coup, je me dis que il faut avancer, et je me mets à appeler des magazines de presse écrite, pour prendre des rendez-vous afin de présenter mon outil. Je prends deux rendez-vous : le boss d’un mag que j’avais déjà rencontré il y a quelques mois, et qui était intéressé par mon truc mais pas la responsable du marketing de ce mag, et un responsable marketing du groupe de presse où je bossais avant, que j’appelle via mon ancien boss. Ca me déstresse un peu.

Fin de journée : boxe. Je suis très mauvais ce soir, mais au moins, je continue à me déstresser.

Soir : je vais à la crémaillère d’une jeune gonzesse rencontrée récemment : elle a 21 ans, sort de son école privée de cinéma merdique pour laquelle elle s’est endettée jusqu’au cou, et cherche donc désormais à travailler. Il y a quelques semaines, je lui avait présenté les quelques personnes que je connais encore de ce milieu, l’avais emmenée à une avant-première histoire de taper la discute avec des directeurs de prod, en me disant que son joli physique allait faire le reste… Je voulais l’aider un peu, j’ai joué au papa, quoi. Mais ça n’a pas marché, elle n’a rien décroché. Mais du coup, depuis ça, elle m’aime bien et m’appelle de temps en temps. Elle dit que je suis son maître à penser.

Bon, donc, je vais à cette crémaillère. En arrivant en bas de chez elle, alors que j’attache mon scoot, une fille sort d’un bar et m’appelle : c’était cette polonaise dont j’ai parlé récemment. Lorsqu’elle s’approche de moi, je réalise qu’elle pleure : elle me dit qu’elle vient de se faire larguer par son mec (que je connais un peu, c’est un pote de mon ami P*), et là elle est avec une copine dans ce bar, elle n’ose plus rentrer chez elle vu que chez elle, c’est aussi chez son mec (enfin son ex, maintenant). Elle a pas l’air bien, quoi. Elle me dit qu’elle trouve la situation injuste : elle a annulé des défilés (elle est mannequin) pour l’aider à bosser dans son restaurant, elle a quitté son appart pour s’installer avec lui… et elle comprend pas pourquoi il la jette.

Je dis que son mec lui doit rien, que c’est elle qui a librement consenti à lui donner ces choses, qu’il ne l’a pas obligée. Je dis « c’est pas un deal, une relation amoureuse. Tu peux te garantir sur rien ». Elle dit « c’est cruel ». Je dis « oui ».

Je regarde ses larmes, et je me rappelle ma tristesse lorsque, étant gosse, j’ai découvert la cruauté du monde : à l’école primaire, je passais mes récrés à regarder mes semblables, et je ne comprenais pas du tout pourquoi ils jouissaient de faire du mal à autrui. J’étais une sorte de primatologue, en observation permanente. Je regardais mes congénères comme un scientifique, j’essayais sincèrement de comprendre leurs motivations, car leur logique m’échappait totalement.

De façon un peu inattendue, la polonaise me dit merci, qu’elle avait besoin de l’avis d’un mec. Comme je sais que ma prof de français apprécie cette fille, je lui dit qu’elle peut venir squatter quand elle veut à l’appart si elle a besoin. J’ai envie de la réconforter, j’aime bien cette fille.

Puis je monte enfin à cette crémaillère. J’y rencontre les amis de la jeune gonzesse qui m’invite, dont un jeune mec assez sympa qui monte sa boîte de prod. Je discute aussi avec le mec de cette fille : discussion intéressante, on a pas mal de points communs, c’est amusant. Je lui propose de venir faire un peu de boxe dans mon club, puis je me casse.

Quand j’arrive chez moi, il est tard. Ma prof de français se réveille, et on se fait plein de câlins.