28.08.2006

Un lundi

J'ai bossé tout l'été, et mes collègues rentrent tout bronzés, les uns après les autres. L'impression de n'avoir jamais bougé de mon bureau. Enervant. Je suis jaloux, je crois.

Ce midi , discussion intéressante à la cantine avec deux collègues. Le thème : les différents choix de société des pays occidentaux. Ceux qui préfèrent garantir à chacun la possibilité de garder le contrôle de son existence, l'accès au libre arbitre. Avec la jouissance d'être responsable de ses succès, et la douleur de l'être aussi pour ses échecs. Et puis ceux qui misent sur la déresponsabilisation individuelle pour assurer un matelas à chacun en cas d'échec. Mais qui génèrent inévitablement l'humiliation de se savoir artificiellement assisté dans chaque acte quotidien. Bref, en gros le classique débat liberté VS sécurité. Mais on a mis aucun nom de pays, d'orientation politique ou de principe philo sur tous ces concepts. On a discuté "naïvement", comme si on avait pas de références. On a juste intégré à la fin les célèbres expériences de Henri Laborit sur ses rats, au sujet du concept de l'inhibition de l'action. C'était éclairant.

Mes collègues sont mariés avec enfants, ce qui fait que la discussion est sincère et nuancée. Pas de parti pris idéologique préalable. Pas de grandes idées brandies gratuitement. Je discute de plus en plus comme cela, en ce moment. Je suis sûr de moins en moins de choses, et je n'hésite plus à le dire, à exposer différentes versions de ma vision de la réalité tout en signalant lorsque je ne sais pas laquelle est pertinente, par exemple. Et surtout, j'aime discuter avec des gens qui fonctionnement pareil. Je vieillis. Mais c'est bon. C'est un aspect positif de mon vieillissement. 

Sinon, j'ai googlé machinalement le nom de V* en discutant avec mes parents au téléphone, tout à l'heure. Et j'ai trouvé de nouvelles occurrences la mentionnant, que je ne connaissais pas. Et notamment une photo, une photo de classe, où elle avait... 18 ans. Il y a eu un blanc. C'est parti en couilles dans ma tête. Ma mère, avec laquelle je parlais à ce moment, n'a pas trop compris pourquoi je ne faisais brusquement que répéter "ouais sinon ça va, rien d'autre à raconter… ça va… rien de spécial". Comme c'était moi qui avais appelé mes parents, j'avais forcément l'air assez étrange, et peut-être aussi ridicule. Sometimes I hate myself…

21.08.2006

A contrevent (2)

"Sur une terre lavée de rafales, une élite de sobres fous a été formée pour aller chercher l'origine du vent. Ils sont 23, guidés par l'Eclaireur Arval, menés par le Traceur Golgoth, protégés par le Combattant Erg. Ils sont l'orage marcheur. Ils sont la foudre lente. Ceux qui les ont vus contrer ne les tutoient plus. Ils iront au bout. Ils sont la Horde du Contrevent."

Et avec la musique et les images, c'est encore mieux. J'adore.

Bon. Je deviens tox de ce bouquin, moi, il faut que je me calme.

A contrevent

Je lis un livre exceptionnel : « La Horde du Contrevent », de Alain Damasio. Le style : plutôt SF-Fantasy. Ordinairement, ce genre de style me gonfle, mais là, c’est différent : ce livre a quelque chose d’étonnamment puissant.

L’histoire : sur une terre balayée par des vents insensés et meurtriers, charriant sans fin pierres et sable, un groupe soudé de 23 individus (18 hommes et 5 femmes, je crois) remontent lentement, face au vent, en direction de l’Extrème-Amont : le lieu où, peut-être, ils pourraient enfin comprendre d’où viennent ces vents qui ruinent la vie de tous. Ils traversent ainsi des villages où leurs habitants, les « Abrités », regardent sans comprendre cette horde de fous remonter face aux vents, ces vents auxquels eux-mêmes tentent en permanence de se soustraire pour survivre (en se cachant dans des puits, dans des caves…). Recrutés et formés en Extrème-Aval, chacun pour des compétences différentes, les membres de la Horde en sont partis à l’âge de 11 ans, et ne sont plus jamais revenus. Lorsque nous les rencontrons, ils ont une trentaine d’années.

Le bouquin est d’une créativité dingue. Un exemple parmi tant d’autres : les personnages imaginés par Damasio ont conçu un système de notation pour décrire les différents type de vents, un peu comme des notes sur une portée musicale.

Quant au style, j’aime vraiment aussi. Le bouquin commence ainsi : «A la cinquième salve, l’onde de choc fractura le fémur d’enceinte et le vent sabla cru le village à travers les jointures béantes du granit. Sous mon casque, le son atroce du roc poncé perce, mes dents vibrent – je plie contre Pietro, des aiguilles de quartz crissent sur son masque de contre. A terre, dans la ruelle qui nous couvre, deux vieillards tardifs qui clouaient un volet ont été criblés ; plus loin au carrefour, je cherche en vain la poignée de mômes qui crânaient front nu en braillant des défis que personne, pas même nous, ne peut à cette puissance, et sous cette viscosité d’air, relever».

Evidemment, dans ce livre, il y a plein de philo derrière, mais il reste un bouquin de genre. Un formidable bouquin de genre. Vous pouvez avoir quelques infos sur le site du livre : http://www.lahordeducontrevent.org/ 

Bon voyage.

18.08.2006

A nu

Hier, j'accompagne un photographe pour des prises de vues un peu compliqué au sujet de robots, afin d'illustrer un papier que je fais en ce moment. J'ai l'idée de faire un "film" de l'expérience, avec une suite de plusieurs photos destinées à la décrire. Un peu comme une BD, quoi. Au labo, je dessine alors une sorte de story-board pour expliquer ce que je veux au photographe et au chercheur qui s'occupe des robots. Le photographe me demande en rigolant si j'ai bossé dans le ciné. Je dis que oui. Puis le photographe fait ses prises de vue. Je suis assis sur un fauteuil, je regarde. On me demande si ceci ou cela correspond à ce que je veux pour mon papier; comme à un réalisateur. Le photographe m'appelle "Director" pour déconner.

Pendant cette séance, je repense alors aux semaines durant lesquelles j'avais, en 2000, réalisé mon premier -et unique film- pour une télé française. C'était une fiction d'une vingtaine de minutes, que j'avais écrite, et pour laquelle une prod (celle pour laquelle je travaillais en production, en fait), avait trouvé le pognon pour me permettre de la réaliser.

Ce tournage, c'était une période dingue. Durant 3 semaines, j'ai eu à mes ordres 25 personnes environ, dans l'unique but de faire mon film. Je disais "je veux ceci", "je veux cela", et mon vœu se réalisait. Je me sentais tout-puissant. De plus, les techniciens étaient motivés par mon scénario, et donnaient vraiment le meilleur d'eux-mêmes. J'étais aux cieux. J'étais vraiment heureux. Ma vie prenait brusquement un sens. Le soir, je n'arrivais pas à dormir, et écumais les bars de la ville dans laquelle nous tournions avec quelques techniciens. Le matin, j'arrivais sur le plateau, ayant dormi 2 heures, et pourtant survolté, en pleine forme. La fièvre créatrice. C'était magique. Epuisant aussi, mais ça je m'en suis rendu compte après le tournage.

Puis le film est passé à la télé. Il a aussi fait quelques festivals. Les avis étaient assez positifs. Mon producteur m'a demandé si j'avais d'autres scénarios en projet. J'ai dit oui. Je lui ai parlé notamment d'un autre scénario, dont je disais que j'avais seulement l'idée, et que j'allais commencer à l'écrire. Je lui ai raconté l'histoire. Mon producteur a alors décidé de bloquer de l'argent spécialement pour ce film. Même pas besoin de partir à la pêche aux financements ! Il suffisait que j'écrive ce scénario, et il se faisait… Seule condition : j'avais 1 an pour l'écrire. Au-delà, le fric serait alloué à un autre projet.

J'avais 26 ans. Pour  la première fois de ma vie, j'étais en passe de faire ce dont je rêvait : raconter des histoires, me brancher sur le cerveau des gens et les faire voyager avec mes visions, mes peurs, mes enthousiasmes. Ne connaissant personne dans ce milieu, j'avais pourtant réussi à réaliser mon premier film, on me faisait confiance pour le deuxième… J'avais la possibilité d'assouvir concrètement mon désir. J'avais entr'ouvert la porte de mon rêve. Je n'avais plus qu'à entrer.

Et je ne l'ai pas fait. Je n'ai jamais écrit ce second film. Je n'ai jamais réalisé d'autre film. Plus encore : j'ai quitté la prod pour laquelle je travaillais, et je suis parti travailler… dans la restauration. Je me donnais plein de prétextes (style "je ne supporte pas le milieu du cinéma, ces intermittents gauchistes de merde", etc etc). Ces prétextes étaient vrais en soi, mais je savais bien qu'ils n'étaient pas la cause première de mon sabordage. Je sentais bien qu'il y avait autre chose, mais je ne savais pas quoi. Je ne comprenais pas pourquoi je sabordais ainsi mon rêve. J'avais déjà opéré à de tels sabordages pour d'autres désirs (études arrêtées pour aller faire des petits boulots, filles avec qui tout se passe bien et que je quitte sans raison, amis chers avec lesquels je rompts définitivement, immersion dans une merde financière permanente, divers "talents" artistiques abandonnés, rencontres avec des personnes importantes au terme desquelles je me démerdais pour qu'il n'y ait jamais de suite, etc). Mais là, mon instinct d'autodestruction était encore plus flagrant, je le voyais au grand jour, je ne pouvais plus me cacher son existence : réaliser des films, ce truc que je rêvais de faire depuis toujours, et bien je sabordais volontairement ce désir une fois qu'il s'avérait réalisable. Je ne comprenais rien à ce qui m'arrivait. Consterné, je me voyais juste détruire méthodiquement toute la force, toute l'énergie créative que j'avais en moi. Ma vie n'était que cela. J'avais en face de moi mon démon intérieur, celui qui me rongeait depuis toujours. Je le voyais en face, pour la première fois. Ca faisait très peur. Je réalisais que j'étais "agi". Je ne pouvais plus fuir cette réalité.

Au bout d'un an de taf dans la restauration (j'étais serveur), une passerelle m'a été tendue : j'ai eu l'occasion de m'extirper de ce trou dans lequel j'avais volontairement plongé, pour découvrir un nouveau taf (mon taf actuel), dans lequel on m'a peu à peu fait confiance.  J'y suis maintenant depuis presque 4 ans. Pour l'instant, je n'ai rien sabordé. Ce n'est pas le boulot de mes rêves, ce n'est pas ce que je désire faire. Mais au moins il me fait survivre, il est gratifiant intellectuellement, et je ne me sens pas ridicule quand je dis ce que je fais aux gens. Mais bon, j'ai un peu la gueule de bois, quand même. Cette période de stabilité m'a permis de me poser, et de cogiter. Résultat : depuis 1 an, je commence à mieux comprendre qui est le démon qui m'oblige à saborder tout ce que je désire faire. D'où il vient, pourquoi il existe.

Ce week-end, je l'ai passé avec ma Petite Pute, dont je vous ai parlé récemment. Et hier, au téléphone, elle me dit qu'elle a l'impression que j'habite dans un 10m2. Je croyais qu'elle parlait de mon appartement, mais en fait elle parlait de moi, de mon intérieur mental : "Tu habites dans un 10 m2 mental. Tu as plein de possibilités, et tu gâches tout. Tu ne sais pas être heureux. Tu es le genre de mec à refuser le bon pain qu'on te propose, et à prendre juste le petit bout rassis. Puis à dire fièrement "tu as vu, j'ai du pain". C'est triste d'être comme ça". Elle m'a dit ça gentiment, sans animosité. Juste sur le ton du constat. Elle a un naturel assez direct, ma Petite pute, vous avez vu ? Et puis elle voit clair, surtout. Il est vrai qu'elle sait d'où je viens, qu'elle connaît l'histoire de mon enfance car la sienne est similaire. Elle a eu à se battre contre des démons semblables aux miens, mais elle leur a réglé le compte beaucoup plus vite que moi. D'où son absence totale de compassion envers moi. Elle a raison. Ma Petite pute est assez nietzschéenne, en fait.

Bon. Même si ce n'était forcément pas très agréable à entendre, je n'ai pas mal pris ce qu'elle m'a dit, car je savais déjà, depuis peu de temps seulement certes, que ma vie était bel et bien comme cela. J'en avais déjà pris conscience. Enfin j'avais surtout compris pourquoi j'avais été ainsi toute ma vie. Donc ce qu'elle m'a dit hier n'a pas été vraiment une blessure. Il ne s'agissait pas d'une vérité refoulée, qu'elle me forçait à regarder en face. J'avais déjà fait ce boulot.

Ce qu'elle ne sait pas, ma Petite pute, c'est que je m'emploie désormais à changer. Je change peu à peu de cap. Ca sera peut-être long, je ne sais pas, mais en tout cas, je suis sûr que j'y parviendrai. Ainsi, je booste à mort mes projets parallèles à mon taf : mon projet à pognon, et puis mon film de droite : je prends le pari que je mourrai en ayant fait plus d'un film dans ma vie. Des restants d'énergie créatrice bouillonnent encore en moi, je ne suis pas foutu.

Les mecs, tel que je vous parle aujourd'hui, je suis nu.

15.08.2006

Ces 7 derniers jours

- Boxe :

Mon pote P* est venu au parc à côté de mon taf un midi, et nous avons fait une petite heure de boxe. C’était bien. Puis j’ai testé les douches du parc : propres, chaudes. Bref, c’est un bon lieu pour boxer.

 

- Génétique :

J’ai revu un membre important d’une des branches un peu obscures de mon arbre généalogique. Il a 27 ans. Je l’avais vu à trois reprises, pour la première fois de ma vie, il y a 3 ans. Et depuis, plus rien. C’est que ce genre d’histoire ne se déroule jamais simplement.

Nous nous rencontrons dans un bar du 6e. Bien que génétiquement (très) proches, nous sommes culturellement distants, car notre histoire est très différente. Et de fait, nos points de vue sont, eux aussi, radicalement différents : il a un point de vue d’arabe du Proche-Orient, et moi j’ai un point de vue d’occidental. Mais en fait, les différences s’arrêtent là. Car pour tout le reste, nous réalisons bien vite que nous nous ressemblons beaucoup. Les valeurs qui nous sont importantes sont les mêmes, le diagnostic sur la situation de la France et de l’Europe est le même…

Il est très documenté, il parle sans chichis, sans être pollué par le fatras bien-pensant avec lequel, nous habitants d’Europe occidentale, devons sans cesse nous débattre lorsqu’il s’agit d’exposer notre opinion sur la réalité. Venant d’un pays où le dialogue entre musulmans et non-musulmans est une discipline délicate, pratiquée depuis des siècles, il connaît de ce fait très bien toute la difficulté de cela. Il sait que pour pratiquer efficacement ce sport, toute coquetterie intellectuelle est à bannir. Il faut mettre les mains dans le cambouis. Ne jamais céder sur ses valeurs. Et de ce fait, il a conscience, mieux que n’importe quel européen probablement, de l’inextricable situation dans laquelle les pays d’Europe occidentale se dirigent lentement aujourd’hui, du fait de leur absence totale d’expérience dans ce sport-là. Bien qu’ayant une vision très fine et très nuancée des choses (il n’est aucunement anti-musulman, par exemple ; déjà parce qu’une partie de sa famille est de confession musulmane, mais surtout parce qu’il ne voit pas l’intérêt stratégique d’une telle posture quant à ce qu’il souhaite défendre), il m’apprend cependant que ses amis français le prennent souvent pour un « facho ». En fait, il est juste très patriote ; il aime énormément son pays, et a conscience que pour un peuple qui souhaite survivre, certaines valeurs ont une importance vitale. La différence entre lui et ses amis, j’imagine, c’est qu’il sait ce qu’est la guerre. Il a donc conscience de l’extrême fragilité qui caractérise l’existence de toute société, et donc de la nécessité de défendre à tout prix certaines choses importantes.

On parle beaucoup de la France. Je lui parle de ma vision. Je lui dis qu’on me prend aussi souvent pour un « facho ». Que j’ai perdu des amis à cause de cela. Il dit en souriant « On est tous les deux des fachos, alors ». Je rigole. A mon avis, ni lui ni moi ne sont des « fachos », en tout cas pas dans le sens ou ce terme est communément perçu : nous tentons simplement d’avoir, me semble-t-il, un certain bon sens dans notre façon de voir les choses. Mais c’est vrai que la similitude qui existe entre nos façons de voir les choses est quand même troublante. Il me demande si je côtoie des gens qui pensent comme moi. Je lui dis que non, car ils me semblent généralement être « à côté de la plaque » : exclusivement tournés vers le passé, non pragmatiques, idéalistes de façon infantile. Je dis que j’ai l’impression que ce ne sont pas des gens très fiables, avec qui il ne me semble pas possible de construire une quelconque vision d’avenir réaliste. Il me dit qu’il a cette même impression chez les amis français qu’il côtoie et qui appartiennent à divers petits groupes dits « de droite ».

Je lui dis aussi qu’à la différence du pays dont il est l’un des représentants, nous en France, n’avons plus grand-chose à défendre. Nous avons bradé notre héritage de famille au marché aux puces de St Ouen. Or, ce qui est bradé est bradé, on ne revient pas dans le passé. Et donc qu'une quelconque vision d’avenir réaliste ne peut que prôner la construction de quelque chose de nouveau. Et que pour cela, il faut forcément admettre que ce qui a été cédé l’est pour toujours, afin de ne pas perdre de temps à se branler sur des cadavres.

Il me dit qu’il le sait. Et que c’est pour cela qu’il n’est pas très optimiste quant au devenir de la France. Il ne fait pas confiance en l’aptitude des français et plus généralement des européens, à opérer en temps voulu à ce type de prise de conscience. Bon, je dois bien avouer qu’il me casse quand même un peu le moral, à ce moment, même si je ne suis pas certain qu’il ait forcément raison.

Puis on regarde nos montres : il est minuit et demi. Nous nous étions assis à ce bar à 18h30, et nous pensions que deux heures, au grand maximum, s’étaient écoulées depuis. Le temps a filé à toute allure pendant que nous parlions. Ce sont les mystères de la génétique.

   

- Argent :

Je parle à mon boss de mon « projet à pognon ». Je pense que ça ne va pas être simple d’en faire un partenaire de bonne foi pour ce projet. Ce qui est dommage, car nous sommes dans une configuration « gagnant-gagnant ». Heureusement, tous les éléments de mon projet sont protégés à l’INPI depuis un bail.

    

- Sexe :

Je vois en ce moment une fille qui m’avait dit, quand je l’avais rencontrée, qu’elle aime être la pute des mecs avec lesquels elle est, et qu'elle aimerait être ma pute. Je l’ai prise au mot. Elle est devenue ma pute (enfin, ma pute "gratuite", faut pas pousser non plus). Au pieu, elle est complètement décomplexée, mais bizarrement jamais vulgaire. Effectivement, elle sait vraiment bien faire jouir un mec, mais le plus jouissif là-dedans, c’est de voir à quel point le fait de me donner cette jouissance la fait jouir en retour. Elle a de toute évidence l’envie furieuse d’être l’objet de jouissance d’un mec, de se donner exclusivement à lui en tant qu’objet (d’ailleurs, manifestement, elle ne baise qu’avec moi, enfin en ce moment en tout cas). C’est son trip. C’est un signe de bonne santé psychique, au fond. Psychologiquement, c’est presque l’inverse d’une nympho, en fait, malgré les apparences.

Une autre fille avec laquelle j’avais passé une nuit il y a quelque temps (j’en avais parlé ici) m’a invité à dîner. Elle, c’est un peu l’inverse de ma « pute », en fait : c’est la bobo névrosée type, qui peine à donner des choses à son mec au pieu, et qui a toujours l’impression de se déposséder gravement en le faisant. Bref, très pénible. Mais j’ai accepté de la voir non pas pour la baiser une nouvelle fois, mais parce qu’elle fait un taf pas très éloigné du mien, qu’il faut bien cultiver un peu son réseau (elle connaît pas mal de monde). Et puis aussi qu’elle tenait à tout prix à m’inviter dans un bon resto, alors après tout, merde, pourquoi refuser ? Au début de la conversation, elle me dit combien elle a été choquée par la "brutalité" de notre nuit (qui date de plusieurs mois, putain, cette fille pense encore à ça). Je lui dis que des filles aiment ça, pourtant, et que j’ai l’impression d’avoir été plutôt mesuré avec elle. Elle fait l’étonnée. Puis on parle de choses et d’autres, et en plein milieu de la conversation, sans transition, elle me dit à voix basse qu’elle a envie de me sucer. Bon. Je lui réponds que moi non, je n’en ai pas envie. Je change de sujet, mais elle y revient à plusieurs reprises. Je maintiens mon refus, car je n’en ai vraiment aucune envie. En fait, je savais bien qu’elle avait aimé ce qui s’était passé lorsqu’on avait baisé, mais ce qui m’énerve, c’est son incapacité à l’avoir accepté.

Puis elle me dit qu’elle travaille avec quelqu’un qui fait un truc sur les boîtes échangistes. Putain de sujet éculé. Je lui dis pour déconner que je peux l’accompagner à son reportage, et que là-bas, si elle veut, elle pourra me sucer. Elle me dit d’accord, « tope là », avec les yeux qui pétillent.

Bon, je sais, cette soirée, c’était vraiment n’importe quoi. Et plus généralement, mes histoires de cul, c’est n’importe quoi. En fait, la jeune stagiaire me manque pas mal, et son existence me fait réaliser l’aspect assez pathétique de mes relations avec les membres de la gent féminine, depuis quelques années. En fait, j’ai un peu l’impression d’être Harvey Keitel dans « Bad Lieutenant », qui patauge dans la fange de sa vie, tout en recherchant la rédemption (incarnée en ce moment par la jeune stagiaire).

Mais la vierge et la putain, c’est vraiment ça, ma vision des choses ? Quand j’en viens à voir les choses d’une façon aussi stupide, je deviens alors assez énervé contre moi-même, et je me dis alors des trucs du genre : « espèce de connard, encule bien profond cette dichotomie débile que tu pratiques entre le pur et l’impur en ce qui concerne tes objets de désir, bordel de merde » (je me parle souvent de façon assez tarabiscotée). En fait, j’emmerde ces histoires de pur et d'impur, de bien et de mal, de rédemption, tous ces contes pour enfant, tous ces trucs de dressage mental. Que des catégories artificielles, arbitraires, plaquées sur nos pulsions pour assurer la stabilité des groupes sociaux à travers les siècles.

Est-ce à dire que je voudrais que l’on mette, tous collectivement, un grand coup de pied là-dedans ? Hors de question, ça va pas la tête ? Vive la stabilité des groupes sociaux. Que les peuples durent des siècles et des siècles ! Que mes alter ego plaquent toutes les catégories qu’ils veulent sur les pulsions dont ils sont les otages, ça les rend plus calmes lorsqu’ils sortent dans la rue, c’est très bien. J’ai une vision purement utilitaire des « valeurs », mais je suis bien content que les autres y croient corps et âme. Vive les « valeurs » ! Mais quant à moi, je sais que bien/mal, pur/impur, tous ces trucs sont en dernier ressort des déclinaisons de « ce qui est bon pour ma survie » versus « ce qui est mauvais pour ma survie », soit plus profondément encore « ce qui est bon pour ma reproduction » versus « ce qui menace ma reproduction ». Je suis un enfant de l’Evolution, de la sélection naturelle. Seuls les impératifs de la survie et de la reproduction me régissent, mécanismes en moi programmés biologiquement. Et il ne faut pas me faire chier avec le reste. Quant à ma jeune stagiaire, c’est elle aussi une petite pute en puissance, évidemment, et c’est très bien comme ça. Quant aux petites putes, aux salopes, aux nymphos, aux bobos névrosées en manque de virilité, je sais bien qu’elles pleurent parfois, le soir, quand le poids de leur solitude les écrase trop puissamment. Et qu’elles sont certainement belles, à ces moments.

Alors, pourquoi veux-je me maquer à tout prix avec la jeune stagiaire ? Parce que je suis régi par des instincts hérités de mon passé évolutif. La pureté de la jeune stagiaire évoque la femme pas baisée par d’autres, donc suggère de loin en loin l’idée que les gènes que je pourrais diffuser par son biais si on se maquait ensemble seront bien les miens, et pas ceux d’un autre. Et de surcroît, cette pureté évoque l’idée qu’elle sera peu encline à aller forniquer un peu plus tard avec un autre mâle de la tribu, et donc que je ne m’échinerai pas toute ma vie à bosser pour élever un petit organisme vivant dont le patrimoine génétique n’a en fait rien en commun avec le mien.

Bon. Evidemment, la jeune stagiaire ne m’attire pas consciemment pour ces raisons-là (raisons que les évolutionnistes qualifieraient de « causes ultimes »), mais pour de toutes autres raisons. Pour des raisons de type « causes proximales » diraient ces mêmes évolutionnistes, et que l’on pourrait par exemple définir par des mots comme « connivence », « attrait », voire même « amour ». Mais ça, c’est une autre histoire. Ne confondons pas dans ce post les « causes proximales » et les « causes ultimes ». Et puis je parle bien assez des « causes proximales » qui me régissent dans tous mes autres posts. Un peu « d’anti-romantisme évolutionniste » ne fait donc pas de mal.

09.08.2006

La jeune stagiaire

Alors, que s'est-il passé ces derniers jours ? Je parlerai dans ce post de la jeune stagiaire de mon taf, la fille qui est à l'origine de ma récente "faille thoracique". Et du rebondissement quelque peu inattendu qui s'est produit à ce sujet.

Comme je vous l'avais dit, je pensais m'être pris une veste avec elle. Or, ce n'en était pas une. J'explique : elle n'avait pas lu un mail que je lui avais envoyé, et dans lequel j'avais été assez explicite quant à ce que j'éprouvais pour elle. Et au bout de quelques jours, sans aucune réponse, j'en avais déduis que je devais considérer cela comme une veste. A tort. Car elle ne consulte que rarement l'adresse mail que j'avais utilisée, et donc elle n'avait pas lu mon message...

En fait, comme nous nous voyions principalement dans le cadre du taf, il était hors de question que je la relance verbalement sur ce mail, sur mon lieu de travail. L'absence de réponse de sa part constituait pour moi une réponse explicite et suffisante. Cela d'autant plus qu'elle m'avait dit qu'elle avait un mec depuis longtemps.

En fait, je me suis rendu compte du quiproquo en l'invitant, le soir du dernier jour de son stage, à prendre un dernier verre avant son départ de Paris (sa famille est en province). Un verre qui était simplement censé clore la sympathique relation que nous avions eue durant ces quelques mois. A mes yeux, il me semblait logique qu'elle accepte, même si elle n'avait pas voulu donner suite à mon mail. Je n'avais pas été incorrect, bref, elle n'avait aucune raison de refuser de prendre un verre avec moi.

Donc on s'installe dans un bar du 15e, on discute, on plaisante. Je réalise à quel point j'adore vraiment parler avec elle. Je réalise combien  j'adore toutes ses qualités dont j'ai déjà parlé. Je me dis que j'aurais vraiment aimé être avec elle. Et puis surtout, qu'elle va beaucoup me manquer.

Et puis je fais allusion en déconnant, au détour d'une phrase, au mail que je lui avais envoyé quelques jours avant (genre le mec "même pas mal, t'as vu, j'ai pris une veste mais je garde le sourire, je continue quand même de communiquer avec toi"). Et là je comprends qu'elle ne l'a pas lu. Et que c'est fort dommage, parce qu'elle était en fait sur la même longueur d'onde que moi. Du coup la soirée prend une autre tournure. Pas parce qu'on se jette l'un sur l'autre, non. On ne se touche même pas, en fait. Mais disons que la conversation devient de plus en plus intime.

Le bar ferme, on prend un taxi, et on va dans un bar-club branché du 6e arrdt. L'endroit est plein de bourgeoises trentenaires souvent refaites, et souvent défoncées. Assez décadentes. On s'installe dans un canapé, on continue à discuter. Je la regarde, et je regarde les autres femmes autour de moi. Et je me dis que putain, cette fille a vraiment quelque chose de supérieur. Qu'il n'y pas photo. Bien plus belle, plus simple, plus intelligente, que toutes les salopes autour de moi. Cette fille est un sacré évènement dans ma vie, même si je ne me fais, à ce moment-là, pas beaucoup d'illusions sur la suite des évènements. Ma rencontre avec cette fille me réconcilie avec quelque chose.

On finit par s'embrasser doucement. Elle me dit que c'est la première fois qu'elle embrasse un autre type que son mec, en 7 ans. Elle n'est pas du genre volage. Son mec est son premier mec. Elle l'a connu à 18 ans. Et elle n'en a jamais changé, même pas pour une nuit. Putain, c'est vraiment une autre planète que la mienne, sa planète, je me dis à ce moment. Je ne savais même pas que des filles comme ça existaient encore. Forcément, je suis alors encore plus touché par elle.

Du coup, elle est quand même pas mal emmerdée. La situation la perturbe. D'autant plus que le lendemain, elle doit revoir son mec, qui habite, lui, en province (dans le bled d'où elle est partie pour faire ses études). On se quitte vers 8h du mat. Concrètement, il ne s'est rien passé. Rien d'autre que des baisers. Mais forcément, pour moi, c'est énorme.

Le lendemain, elle part. Je l'accompagne à la gare. Je lui dis que je suis disponible. Que je suis prêt à construire quelque chose avec elle, dès qu'elle le voudra. Je sais que l'année prochaine, elle habitera à Lille, soit à 55 minutes de Paris, et à plusieurs heures du bled où habite son mec. Et que donc j'aurai l'avantage. Il y a toute une stratégie à mettre en place. Elle me dit cependant qu'il ne faut pas que je me fasse d'illusions. Que pour l'instant, elle est avec son mec, même si, c'est vrai, ça ne se passe pas super bien avec lui en ce moment. Je la serre contre moi. Puis le train part.

Bon, lecteur, tu as certainement pressenti le piège dans lequel je pourrais facilement bien tomber avec cette histoire : cette fille est très liée à son mec. Vraiment très liée. Donc si je fais du forcing, je parviendrai peut-être à la faire quitter son mec pour quelques mois. Elle essaiera un truc avec moi. Et puis elle reviendra avec lui. Et moi, je n'aurai servi dans tout ça qu'à une seule chose au fond : renforcer in fine leur relation. Et ça, c'est hors de question. Je ne veux pas être le pigeon qui cimentera leur couple.

Alors comment faire ? Rester présent, bien sûr. Mais surtout, ne pas faire de forcing. Des mails, des textos, mais pas pour la convaincre de quoi que ce soit, non. Juste pour qu'elle me connaisse mieux. Pour lui dire un peu mieux qui je suis. Pour lui rappeler qu'il y a dans sa vie un autre mec qui lui plaît que celui avec lequel elle est. Et qu'elle finisse, peut-être, par se dire que je peux objectivement lui apporter des choses plus intéressantes que celles apportées par son mec. Et qu'elle le quitte à cause, avant tout, de ce qu'il est (ou n'est pas). Ou bien qu'elle décide de rester avec lui. Mais quoi qu'il en soit, une telle décision lui appartient, à elle seule. Pas d'ingérence à faire là-dessus. Quant à moi, pendant ce temps, hors de question que je m'abstienne de rencontrer d'autres personnes avec qui il pourrait se passer des choses intéressantes. La vie continue.

Bilan des courses : la jeune stagiaire est donc, depuis quelques jours, loin de Paris. Ma faille thoracique initiale s'est donc refermée, mais une autre est apparue. Moins douloureuse, moins aigue, mais je sais qu'elle va rester plus longtemps. Cependant, ce n'est pas un problème : cette faille-là, je peux très bien vivre avec. Elle précède peut-être le début d'une formidable histoire, ou peut-être rien du tout. En tout cas, elle me montre que la vie sans V* est possible, que le monde est rempli de femmes désirables. Que je ne suis pas mort.

08.08.2006

A l'intérieur

   

j’ai tourné et retourné

tonne après tonne

la masse de mon gravats neuronal

   

louvoyé

en apnée

sous les couches liquides

de mon soma

   

longé

la verticalité

de mes failles

corticales

   

et je n’ai rien trouvé

   

il n’y a pas de clé

car il n’y a pas

de

   

porte

  

05.08.2006

Du son, bon et intelligent

Bon, les mecs, si les neurones de votre cortex auditif ont quelques minutes à tuer, allez donc sur cette page. Et écoutez (et/ou downloadez) le morceau "Sleepless City".

Voilà. C'est minimal, c'est sobre, mais mine de rien, au fil des écoutes, ça vous gangrène délicieusement toutes les zones de l'encéphale.

Les infos sur le projet artistique en question sont sur le même site. Et le mec qui a chapeauté le truc, c'est Scanner, pionnier du mouvement "abstract techno", dont j'avais déjà parlé une fois. Pour mémoire, son site est ici. Dans ce morceau, il a réuni 3 mecs de nationalités différentes qui parlent chacun de l'ambiance nocturne de leurs villes respectives. J'aime notamment à cause de la diction de ces types : murmurée, approximative.

Comme vous avez pu le voir sur ce site, il y a aussi des images correspond à ce son. J'aime bien, aussi.

Sinon, si je n'ai rien écrit ces derniers temps, ce n'est pas parce que je n'ai rien à raconter -c'est plutôt le contraire, en fait- mais je n'ai pas trouvé le temps ni la lucidité de pondre un post de type "récap". Mais ça va venir.

Encore quelques boucles de "Sleepless City" et ça devrait être bon.

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