31.01.2006
BTK
" C'est la radio qui m'a appris la mort de
Billy The Kid
(Un jour d'été brûlant, un jour avec des
oiseaux dans le ciel).
Imaginons une frontière – un poème
où quelqu'un pourrait se cacher avec la
troupe d'un sheriff à sa poursuite –
à mille kilomètres s'il faut qu'il fasse
mille
Kilomètres – un poème sans tournants
brusques ni maisons pour s'y
Perdre, sans la trame magique
ordinaire, sans Juifs new-yorkais
marchands pyjamas améthyste, rien
qu'un endroit où Billy The Kid puisse
se cacher et tirer sur les gens.
Jardins des supplices et montagnes russes. C'est la radio
Qui m'a appris la mort de Billy The Kid ".
Jack Spicer, 1959
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28.01.2006
Ma machoire, Houellebecq, et la punk music
"J'ai l'impression que mes dents ne se touchent plus tout à fait comme avant".
Voilà la phrase que je prononce, hier après-midi, dans le cabinet de mon toubib. Puis je lui explique le contexte : il y a un mois, un entrainement de boxe, un grand con qui me met un crochet du droit alors que j'avais (bêtement) ouvert un peu la bouche pour reprendre ma respiration juste à ce moment-là, un petit "crac" douloureux (et le combat qui s'est un peu emballé, à cause de la douleur).
Le toubib ne dit rien. Il pianote sur son ordinateur sans me regarder. Comme d'habitude. Car il fait effectivement ça à chaque fois que j'ai fini de lui expliquer ce qui m'amène chez lui (je crois en fait qu'il recherche mon dossier).
Un temps. Mon regard s'évade. Au mur, comme d'habitude, cette photo inquiétante, en noir et blanc : un chemin dans les dunes, bordé d'une palissade, et qui mène à la mer. Avec autour, nulle âme qui vive. Cette photo me fait immanquablement penser à la fin du livre de Houellebecq "Les particules élémentaires", où l'histoire se termine par cette phrase : "Michel Djerzinski est entré dans la mer". Et si le toubib avait précisément mis cette photo-là pour cette raison, parce qu'elle lui fait penser à ce bouquin ? J'y ai déjà pensé. Car mon toubib est en effet un vrai personnage houellebecquien : le regard doux, attentif, résigné. Et il est très probablement célibataire. Mais quoi qu'il en soit je n'en saurai rien. Je ne lui demanderai pas s'il aime Houellebecq, car j'ai l'impression que s'il me disait oui, j'apprendrais trop de choses sur lui d'un seul coup. Et j'en serais gêné.
Il m'ausculte, puis il m'envoie chez un spécialiste des traumatismes maxillo-faciaux, dans un hôpital de Paris. "Si le cartilage est touché, me dit il, on va être mal". Je ne la sens pas du tout, cette histoire de machoire. Je stresse, mais je ne le montre pas. Je discute avec lui des mutations en cours du système de santé en France. On va vers le système anglais, me dit-il.
Je rentre chez moi, songeur. A ce moment là de ma journée, j'ai une conscience bizarrement aigue du fait que les choses changent. Que tout ne cesse de se mouvoir. Sans fin. Je perçois à ce moment cette vérité, certes évidente en soi, de façon émotionnelle et non intellectuelle. Ainsi, moi, par exemple, je sais bien que je devrai, tôt ou tard, arrêter la boxe. Je sais aussi que mon corps partira en couilles de plus en plus, et qu'il y aura un jour ou plus généralement je ne pourrai plus faire aucun sport. Je sais même que, lorsque le temps aura claqué dans ses doigts, je disparaîtrai cette planète (et je penserai alors à ce moment "merde, déjà ? j'ai fait si peu"). Et là, ça fera à l'évidence un sacré changement, enfin pour moi en tout cas. Je suis donc en quelque sorte voué à changer. Plus précisément, à être changé.
Cependant, je décide que ce constat ne constitue pas une raison valable d'avoir le blues. Ce que je pense d'ailleurs sincèrement. Et puis en ce moment, je dois reconnaitre que j'ai plutôt la pêche. A ce propos, ce qui avait été évoqué ici suit son cours : j'ai un rencart mercredi prochain, qui me permettra d'y voir plus clair sur ce qui va peut être m'être proposé.Dans le métro, un jeune maghrébin écoute de la musique orientale sur l'ampli de son téléphone portable, tout en toisant les gens du regard. Quand j'étais ado, dans la rue, je faisais plus ou moins la même chose avec mes potes. Mais de nos postes de radio, c'était du punk bien crados qui sortait.
A l'époque, cette musique faisait souvent peur aux gens. Maintenant, elle fait rire.
20:15 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
25.01.2006
Survivre en entreprise
Au boulot, je pratique une expérience personnelle intéressante. Resituons. Il y a quelques mois, un connard de ma boite (no 3 de la rédaction pour laquelle je travaille, donc pas n'importe quel connard, quand même) a profité de mon absence pour me casser auprès de mes collègues, alors que j'étais à peu près le seul à ne jamais critiquer ce type (profil du mec : cinquantenaire, 68ard, a bossé pour plein de canards gauchisants aujourd'hui défunts, pense ce que pense l'autre par peur d'avoir des ennemis, avait un catogan avant de devenir chauve. Bref, un type insignifiant). Pourquoi m'avait t il ainsi cassé ? Car on m'avait confié un truc à faire qui empiétait sur ses plates bandes, et il n'avait pas aimé. Bon, j'apprends cela, je vais le trouver et je lui pourris la gueule. Il s'excuse, mais juste pour pas avoir d'emmerdes. Au fond de moi, j'enrageais: je savais avant cet évènement que c'était un couard, donc dangereux, et dont je ne pouvais me faire respecter qu'en étant avec lui un enculé. Ce que je n'avais pourtant pas fait. Bref, l'incident se clôt. Mais je m'étais juré depuis lors de ne plus jamais me faire baiser la gueule par ce type.
Et voilà que, il y a quelques semaines, nous voilà partis pour rédiger tous les deux un gros dossier, composé de plusieurs articles. Sur un sujet que je connais bien mieux que lui. On se partage le travail, j'écris mes articles, et lui les siens. Problème : il n'arrive pas à écrire ses papiers (normal, il connaît pas le sujet). Du coup il geint à longueur de journée, dit à tous qu'il en chie comme jamais, qu'il va pas y arriver, etc. Il me demande des conseils, et je m'efforce de lui fournir les pistes les plus craignos possible, tout en ponctuant nos entrevues d'un "courage!" plein de compassion. Les jours passent et il s'enfonce. Il finit alors par me demander d'écrire son article à sa place. Je refuse, bien sûr. Bref, tout cela était certes déjà jouissif.
Mais le plus jouissif est ceci : en fait, il n'arrive pas à écrire son truc car il lui manque quelques infos cruciales, qui sont à mon avis impossibles à trouver au vu du délai dont il dispose pour écrire son papier. Or moi, ces infos, je les ai : le Graal qui sauverait ce type dort, sous forme d'une poignée de documents, bien planqué dans un coin de mon armoire. Et il n'en sortira jamais, évidemment.
Cet acte de rétention, pour régressif qu'il puisse certes paraître au regard du psychanalyste moyen (rétention anale etc), ensoleille pourtant littéralement mes journées.
23:00 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
Signes
Y* m'appelle. Elle me dit qu'elle a rêvé de moi à deux reprises ces derniers jours, et que ça serait bien que je lui foute un peu la paix la nuit. Je lui réponds que, puisqu'elle n'a pas voulu de moi (car en fait j'ai fait sa connaissance en me mangeant effectivement un très beau râteau avec elle ; depuis on est resté potes – enfin pour l'instant, car je n'ai pas tout à fait dit mon dernier mot), et bien c'est normal, je viens la voir la nuit : merde, quoi, il fallait y penser à deux fois avant de m'opposer une fin de non-recevoir. Puis je lui dis que moi aussi, j'ai rêvé d'elle il y a quelques jours (ce qui est vrai), qu'il y a à lévidence une cohérence cachée derrière tout cela, et qu'elle devrait y réfléchir. Sur ce, elle m'invite à une crémaillère
21:55 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
21.01.2006
Seul (comme un gland)
A* m'appelle, insiste pour qu'on se voie. J'accepte. A* a 34 ans. L'intelligente-névrosée type, mais qui dispose un avantage sur ses petites copines : elle a développé un talent tout à fait hors du commun dans une discipline sexuelle bien particulière. Bref, on doit se voir ce soir, et puis elle annule au dernier moment avec un prétexte tellement con que je n'ose même pas l'écrire. Je suis très énervé.
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18.01.2006
Apnée
Mon deuxième entrainement d'apnée dans une piscine du 19e arrondissement. Drôle de sport. Le spectre de la syncope rode, tout le monde en parle, d'autant plus qu'un type en a fait une la semaine dernière, parait-il, mais j'étais pas là. J'ai "des dispositions" pour ce sport, me dit-on. Le club en question est très branché compétition. L'ambiance est bonne, masculine évidemment, mais pas dans l'ostentation chiante (soit, en fait, pas dans le genre, "ok, je suis un mâle occidental, mais pas castré comme les autres, tu vois, parce que moi je fais pas un sport de pédé, tu vois"). Tout cela est bien mais c'est très loin de chez moi (1h15 en métro multiplié par 2) et je ne sais pas si je vais revenir.
01:55 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
15.01.2006
V*
Je pense à toi. Je me rappelle de ces nuits de l'été 2004. Tu dormais avec ce léger sourire sur les lèvres. J'aimais tant ta sérénité. Je savais, dès ce moment, que je n'aurais pas besoin d'entendre le fameux "bruit que fait le bonheur en partant" pour réaliser ce que j'étais en train de vivre avec toi. Vae Victis.
04:55 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
12.01.2006
Poker (1)
Hier soir, poker. Avec des collègues de mon taf. Alors que les dernières parties s'étaient plutot bien passées pour moi, là ce soir là je suis complètement parti en couilles. L'attrait du vide, l'aversion pour la perte, les psychologues pourront invoquer tous les concepts qui existent en psychologie, je crois que rien ne pourra réellement expliquer tout ce qui s'est passé. J'ai complètement merdé. J'ai perdu pas mal de pognon, alors que mes poches n'ont pas une propension naturelle à en générer spontanément, si vous voyez ce que je veux dire. Bon, tant pis, faut assumer. J'ai une théorie sur le poker, qui fait un parallèle entre ce jeu à la con et notre passé évolutif (les guéguerres inter-cavernes, tout ce genre de choses), et que j'exposerai un autre jour. Tout ça pour dire que du coup, je rentre chez moi avec une déprime préhistorique aggrippée aux zones archaiques de mon encéphale.
03:55 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
11.01.2006
Deux mecs
Hier, au bar en bas de chez moi (un troquet assez sympa, le soir), rencontré deux types extrèmement sympathiques : deux commerciaux qui bossent pour une grosse boite du médicament. Avec leurs gueules d'obsédés, les voilà qui m'expliquent qu'ils sont spécialisés dans la vente aux gynécos de la "mini-pilule" machin. Ils me parlent des arcanes de leur bizness, avec un cynisme très convivial. L'un est une espèce de beau gosse qui a fait des études de marketing, très marqué droite libérale. L'autre, plus timide, se dit "chrétien", pas tellement à cause des textes en eux mêmes (qu'il ne connait pas très bien, manifestement) mais plutôt à cause des valeurs morales dont cette religion a su doter l'Occident. Bien qu'athée, je suis daccord avec lui, évidemment. Tous les deux assument complètement leurs profils quelque peu atypiques. Enfin, au comptoir de ce bar là, disons que leurs profils sont atypiques. J'apprécie en eux le fait qu'ils ne trichent pas. On se paie des tournées. Je leur parle de mon taf, qui d'une certaine manière n'est pas très éloigné du leur. Notre discussion prend un côté intello, qui nous démarque du reste de la salle (et comme on parle fort; tout le monde finit par être au courant). Après une tirade que j'ai voulue la plus intelligente possible pour compenser l'effet montant de l'alcool (enfin, plus précisément pour faire genre "j'ai bu mais mon cerveau reste branché"), je m'en vais pisser un coup. La serveuse, qui se fait chier au bar, me fait un sourire qui, comment dire, enfin ce genre de sourire quoi. Très inattendu, mais bienvenu. Particulièrement à ce moment là, en ce lieu là, venant de cette personne-là, et en cette période de ma vie là. Bon, je reviens, et puis avec les commerciaux on s'échange nos numéros de téléphone : je leur ai proposé de les initier au poker, et ils sont ok. Tout est bien.
Je rentre chez moi, légèrement fait, et je ne trouve pas mieux que d'installer mon ordinateur, acheté à crédit quelques jours avant, avec tous les cables qui vont avec, le système audio, le caisson de basse, et tout et tout. J'arrive à tout brancher, incroyable. Comme j'avais acheté en même temps le dvd de "De battre mon coeur s'est arrété", j'en profite pour regarder mes séquences préférées. Quand j'éteins, il est 4h et des brouettes, et je me réveille dans 3h. Cool.
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08.01.2006
Actes manqués
Divers actes manqués lors d'évènements sensuels vécus ces derniers jours avec des membres de la gente féminine me font penser que j'ai en moi une envie de me perpétuer biologiquement qui devient compulsive, et dont je dois désormais me méfier. Enfin, en tout cas, tant que je n'aurai pas trouvé la partenaire valable avec qui exprimer ladite envie, en toute sérénité, sans craindre de me retrouver flanqué d'un boulet pour le restant de mes jours (je parle de la fille, bien sûr).
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